Légendes

Spécial Saint- Valentin
Les plus belles histoires d'amour du Roussillon

Le 14 février, la Saint-Valentin fêtera tous les amoureux. Qui sait que les coins du Roussillon sont peuplés de belles histoires d'amour ? La tragique histoire de Guillem de Cabestany et de la belle Sorimonde…

La légende du Coeur mangé
(Guillem de Cabestany)

"Tout près de Perpignan, auprès de la seule tour subsistante du château du comte de Castel Rossello, vous pourrez entendre, par un beau jour de printemps, le vent léger conter aux eaux murmurantes et aux cyprès...

Il y avait autrefois, environ au XlVème siècle en Roussillon, là où se dresse encore la tour dite de "Castel Roussillon", un château considérable qui était habité par le comte du même nom et son épouse la belle Sorimonde. Le comte était grand chasseur, et négligeait fort sa jeune épouse pour aller courir bois et champs à la recherche, de jour comme de nuit, d'un gibier qui foisonnait alors dans la contrée. La belle Sorimonde s'ennuyait. Par chance, un jour, elle reçut la visite d'un jeune trouvère, Guillem de Cabestan, qui habitait un hameau voisin. Il était jeune mais il était aussi charmant. Et comme les trouvères, doté du beau don de la parole. Il savait chanter, il savait dire des vers et il savait aussi faire la cour aux belles dames. Ainsi entre lui et Sorimonde, se noua d'abord ce qui fut une amitié mais qui devint peu à peu une liaison amoureuse.

Guillem aimait à chanter la beauté de Sorimonde, il disait qu'elle était plus belle que le plus beau des jours de sa vie, que son corps était souple et blanc comme un lys. Il disait aussi qu'il aurait aimé se noyer dans le bleu de ses yeux aussi purs que le fond d'un lac de Cerdagne et qu'il demandait au moins que la belle dame lui donna sa main pour qu'il puisse l'embrasser. Les jours passants, Sorimonde lui donna beaucoup plus que sa main. Leur idylle aurait pu demeurer secrète si malheureusement, à la suite d'une indiscrétion d'un page, le comte, au retour d'une chasse ne fut averti de son infortune. Pour négligent qu'il fut auprès de sa femme, il n'en n'était pas moins férocement jaloux. Il rumina longtemps sa vengeance et puis un soir où Guillem sortait du château après avoir conté fleurette à Sorimonde, il le fit saisir par ses gardes et proprement égorger. Pis encore, il alla jusqu'au corps qu'il avait fait jeter dans le fossé et d'un coup de poignard, lui ouvrit le cœur dont il s'empara. Puis il monta voir son cuisinier et lui apportant cet horrible trophée lui dit d'en composer un mets aussi savoureux que sa science de la cuisine le lui permettrait.

Le soir venu il offrit ce plat à la comtesse qui, raconte la légende, le mangea avec grand plaisir et dit à son époux qu'elle n'avait jamais dégusté de mets aussi savoureux. C'est alors que le comte lui confessa qu'elle venait de manger le cœur de son amant. Il va de soit que cette nouvelle brusquement assénée devait désespérer Sorimonde. Mais son amour était si profond qu'elle trouva le courage de répondre au comte qu'elle n'avait jamais mangé de mets aussi savoureux et que de sa vie elle n'en mangerait point d'autre. Se disant, elle quitta la grande salle du château, et gagnant le plus haut sommet de la tour, se précipita dans le vide son corps meurtri allant rejoindre celui de son amant."